Ma colère contre Bambi Meets Godzilla

Il y a quelques mois, j'ai abordé le sujet Godzilla, expliqué pourquoi je n'accrochai pas du tout la license même de loin — parce que faire toute une série de films juste pour se faire battre des monstres en latex très cheapo avec des enjeux qui ne sont au final que des prétextes pour ces combats, et aussi dénaturé son personnage vedette, un monstre de film d'horreur-catastrophe présenté au départ comme une menace pour l'humanité et en faire un héros pour enfants, je trouvais ça limite.

Et j'ai aussi donné mon avis rapide sur les quelques films de la licence que j'ai vu, à savoir l'original de 1954 qui m'avait l'air correct et intelligent dans son propos anti-nucléaire mais qui je trouve a assez mal vieilli, le remake de 1998 que tout le monde déteste, que moi-même je reconnais comme étant nanardesque bien que j'adore le design du monstre (et lui préfère au design original) et l'autre remake de 2014 que tout le monde (du moins les fans du dinosaure) acclame tandis que moi j'ai trouvé à chier, limite du foutage de gueule. Et qui pourtant est parti pour avoir son Monster Cinematic Universe de ce que j'ai compris.

J'ai pas vu Godzilla Resurgence (ou Shin Godzilla en VO) donc je passe.

Toujours est-il qu'il existe une autre production mettant en scène le fameux kaiju, du moins le faisant figurer, qui même sans provenir de la Toho, mais donne de moins en moins envie d'adhérer à la licence.
Pas plus que la scène de Final Wars, sorti en 2004, où l'on voit le Godzilla américain pulvériser celui d'Emmerich, et faire exploser l'Opéra de Sydney.
Franchement, comment ? Expliquez moi, COMMENT peut on laisser passer se genre de scène et surtout s'en extasier après les attentats du 11 Septembre ?
Ça et celui de 2014 qu'on acclame comme sauveur de l'humanité après avoir provoqué un tsunami à Hawaï, détruit le Golden Gate Bridge et une partie de San Francisco, tandis que de l'autre côté, on reproche à Superman d'avoir "détruit" une ville fictive dans Man of Steel, même si à en croire ses défenseurs le vrai destructeur de Métropolis était Zod, son adversaire.

Mais bon, la production que je souhaiterai aborder est un court métrage d'animation intitulé Bambi Meets Godzilla, réalisé par Marc Newland, un cinéaste spécialisé dans l'animation et dont c'est la première production, sorti en 1969 (puis diffusé en 1973, je comprends pas trop l'écart), et ne durant que 1m30.

Donc de quoi parle ce court-métrage d'animation d'une minute trente chrono ? Et bien on voit un faon, supposé être le fameux Bambi mais qui semble avoir été dessiné de mémoire par un mec qui n'a vu le film qu'une fois depuis sa sorti 27 ans auparavant, en train de brouté de l'herbe pendant la première minute, avec en musique de fond le Ranz des vaches composé par Rossini.
Pendant ce temps, tu as le titre et le générique qui défile avec le nom de Marc Newland apparaissant à chaque-fois et associé à des intitulés un peu inutiles (comme chorégraphie, garde robes) ce qui ressemble déjà au générique d'un faux-film pour une parodie des Inconnus.
Et soudain, passé le générique et la première minute, BAM ! Une énorme patte couverte d'écaille, celle de Godzilla, surgit et écrase le pauvre "Bambi" avant qu'il n'est le temps de dire "Ouf !".
S'ensuit les textes "The End" and "We gratefully acknowledge the city of Tokyo for their help in obtaining Godzilla for this film" ("Nous remercions la ville de Tokyo pour l'aide dans l'obtention de Godzilla pour ce film"). Ouais ! Parce que tout le monde sait que c'est tout Tokyo qui ont avec joie et honneur conçu le monstre qui rien dans le film où il apparaît pour la première fois à détruit la même ville.

Ce film m'a laissé la même impression que l'extrait Godzilla vs Zilla de Final Wars. La première fois, c'est véridique, je pensais que c'était un truc faits par des amateurs, par des fans de Godzilla un peu trop zélés.
Puis j'ai compris qu'en fait c'était de vrais films, et là ça m'a fait un choc.
Je veux dire, quand même, le Zilla de Final Wars était plus moche en image de synthèse que celui de Roland Emmerich, on le croirait sorti d'un jeu Playstation, et puis à aucun moment le Zilla d'Emmerich n'a mis les pattes à Sidney ou n'a été envoyé par des extra-terrestres.
Là, déjà Bambi est mal dessiné (m'enfin merde, regarder l'original et osez me dire que le dessin est respecté), l'animation est limite, le tout donne l'impression d'avoir été fait par en enfant de cinq ans qui s'essaierait à l'animation. Rien que me donne l'impression d'avoir été fait par un professionnel.

Et je me fiche que ce soit fait dans les années 60, que c'est le tout premier film de Newland et qu'il l'a fait tout seul. Je sais que faire un dessin animé est compliqué et demande de l'organisation, des moyens et du talent. Pour rappel, JE SORS D'UNE ECOLE DE DESSIN D'ANIMATION.
Limite, débuter dans l'animation et être seul maître à bord, ça justifierait un dessin animé minimaliste.
Par contre, quitte à reprendre un personnage de dessin animé très connu, prends un personnage simple à dessiner, au style graphique assez minimaliste pour simple à animer, comme Mickey Mouse ou Felix le Chat, mais évites quand même d'en prendre un aussi complexe à dessiner et surtout à animer que Bambi. Sachant qu'il a demandé des années d'études sur les cervidés pour paraitre authentique à l'écran.

Aussi, j'ai vu une vidéo présentant en dessin-animé une version Kill Bill de Gremlins 2, faite par un seul mec, qui n'a jamais étudier l'animation. Et son truc d'amateur et de néophyte a pourtant plus de gueule !
Et puis, personnellement, je trouve plus drôle et divertissant de voir Gizmo trucider à lui seul tous les gremlins en mode Kill Bill et faire son "This... is... SPARTA !" que voir un petit faon se faire gratuitement écrabouiller par un dinosaure mutant qui concrètement ne sait faire que ça.

Le scénario, vous l'aurez constaté, tient sur un quart de post-it.

L'humour... là vous m'excuserez ma subjectivité, mais je ne vois pas ce qu'il y a de marrant à voir un faon se faire écraser par un dinosaure de cinquante mètres de haut. C'est même fainéant comme humour et pas original pour un sou.
Outre le générique qui ressemble au générique d'un faux-film pour une parodie par super-drôle de Inconnus, le coup de Godzilla dont on ne montre que la patte qui écrase sans vergogne me rappelle un peu trop Avez-vous déjà vu... Grozilla à la plage ? — qui en plus n'est même pas le plus drôle des Avez-vous déjà vu..? d'Alain Chabat (à moins de trouver drôle d'écraser gratuitement un château de sable ET le bébé qui le faisait tranquillement), et résume un peu trop bien ce qu'est vraiment le personnage original et pourquoi je n'adhère pas du tout sa popularité.
Mais le fait qu'on voit Bambi se faire écraser san prévenir, c'est le genre de gag qu'on verra dans un Friedberg et Seltzer — les mecs qui ont pondus des "chef-d'œuvres" comme Big movie ou Disaster movie, à l'humour tellement fainéant, beauf et vomitif que je n'aurai jamais le courage de visionner un seul de leurs films sans mettre ma main devant les yeux ou avoir envie de frapper les cinéastes.

Et surtout, le message — pour peu qu'il y en ait un — est juste insultant et irrespectueux. Plus insultant et irrespectueux qu'une mauvaise caricature du Charlie Hebdo.
Et oui, on peut parfaitement trouver un message même dans un film plus minimaliste tu meurs ! Je dirais même SURTOUT dans un film plus minimaliste tu meurs ! C'est même un truc que j'ai appris durant les cours d'analyse filmique dans mon école de dessin d'animation. Autrement, comment justifier son existence et le fait qu'il soit encensé (on y viendra un peu plus tard sur ce point) ?
Parce que si on analyse le film image après image, ça dit : "Oh ! T'aimes Bambi pour son côté mignon et innocent, pour le côté paisible et contemplative du film ? Et bien FUCK BAMBI ! FUCK CE FILM POUR ENFANTS DE MERDE ! FUCK DISNEY (ce qui serait d'autant plus irrespectueux quand on sait que Walt Disney est décédé à peine trois ans avant la réalisation de ce... truc) ! GODZILLA ! ÇA C'EST DU VRAI CINEMA ! YEAH !"
Et qu'on ne vienne pas me sortir l'excuse du seconde degré ! C'est beaucoup trop facile comme excuse pour justifier la médiocrité d'une œuvre, son humour beauf ou son message douteux ! De plus je suis sûr que les dessins de presses parus dans Charlie Hebdo, ayant provoqué la colère de la communauté musulmane, amenant à la mort de leurs auteurs par des fanatiques-extrémistes, étaient aussi du second degré — pardon de ramener ça sur le tapis. Seulement je veux bien être "Charlie", ce n'est pour autant que je tolère des trucs méritant plus de mépris et de haine que des dessins de presses mal-interprétés.
Et encore une fois oui, même sans être fan de Bambi (pour ma part, j'ai toujours eu un problème avec la scène de la mort de la mère qui enchaîne sur la Chanson du Printemps), même en mettent de côté mon côté disneyphile et mes ressentiments pour la licence Godzilla de côté, on peut très bien interpréter le film. Preuve en est le texte à la fin "remerciant Tokyo d'avoir permis l'obtention de Godzilla dans ce film". Comme pour dire "Merci Japon d'avoir imaginé un monstre symbolisant votre peur du nucléaire pour que je puisse l'utiliser afin de foutre un coup de boule à ce petit faon de merde et sa tragique histoire à deux balles de maman tué par un chasseur ! Merci beaucoup !"


Et j'en viens à la raison pour laquelle je déteste ce film de tout mon être. Plus que je n'aurai détester un mauvais film juste pour sa médiocrité.
Non parce que Bambi a bercé mon enfance, non parce que je suis un irréductible disneyphile ou parce que je suis de moins en moins copain avec Godzilla ou avec ses fervents supporters. Ce film, ce n'est rien que du hate-art.
Le genre de truc qui pollue des sites comme DeviantArt et probablement Tumblr. Et c'est déjà assez énervant de voir ça sur ces sites-là, quand c'est fait par des amateurs (qui pour la plupart n'ont même pas l'excuse d'avoir un bon dessin. Même si c'est pour taper sur un truc populaire à détester, surtout quand l'objet de haine en question est purement anodin (ce qui ne rend ceux les créateurs pas mieux que des jeunes harcelant par imitation un de leur camarade de classe déjà brutalisé par ses autres camardes). Et quand c'est juste pour dire "ouais ! mon personnage préféré est meilleur que ton personnage préféré !" ou encore "ton personnage préféré craint du boudin !" et ce sans même amener des arguments pour justifier tes propos, ça démontre juste l'immaturité et le mauvais goût derrière cette merde.
Alors dans un film — ou quelconque support fait par des professionnels, fait par des gens plus talentueux, expérimentés et donc plus matures que toi, là il n'y a pas d'excuse !

Même dans Shrek 2 qu'aujourd'hui encore j'ai tendance à préférer au premier Shrek, je trouvais le gag de la petite sirène limite — en plus du fait que je suis de plus en plus chatouilleux concernant la Petite Sirène. Et ce gag me fait encore moins rire quand c'est juste une manière à DreamWorks de dire "on emmerde Disney !".
Aussi, si la blague n'est pas passé quand Uderzo s'est moqué des comics et de manière plus rédhibitoire des mangas dans son Astérix : Le ciel lui tombe sur la tête, pourquoi est-ce que ça passerait là ?

Pour moi, le hate-art, c'est juste anti-professionnel. Le genre de truc qui mérite de rester dans le fin fond du fin fond de Deviant Art.
J'irais même jusqu'à dire que c'est le cancer de l'art et de la liberté d'expression avec les commentaires rageux/haineux et toute incitation à la haine à la Hitler, car ce genre de pratique provoque décidément plus de maux qu'elle n'en guérit. Et ce n'est au final qu'une perte de talent, de temps et de créativité pour cracher sur celles des autres avec la subtilité d'un homme des cavernes et la maturité d'un gosse à la maternelle. Ce qui est d'autant plus insultant et immature quand c'est pour cracher sur plus talentueux et créatif que toi.

Et pourtant, ce film est en trente-huitième position dans le livre des 50 plus grands cartoons sélectionnés par 1000 professionnels de l'animation, publié en 94.
Et là mon choc n'en a été que plus grand. Comme si je ne détestais pas assez ce film. Pas seulement en tant que consommateur de films animés ou non, mais aussi en tant qu'étudiant sorti d'une école de dessin d'animation.

Ce truc, au dessin et à l'animation limité, au scénario tenant sur un timbre poste, à l'humour de beauf et au message insultant s'il y en a, a sa place dans les 50 plus grands dessins animés ?
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Et devant l'Homme qui plantait des arbres animé par Frederic Back qui lui a plus de gueule, a un message pratiquement écologiste mais n'est qu'en quarante-quatrième position !

On ne se foutrait pas un peu de ma gueule des fois ?

On y aurait inclus le tout premier dessin animé sonore, en couleur, le premier long-métrage ou n'importe quel cartoon ayant révolutionné l'industrie du cinéma d'animation, j'accepterai sans problème. Mais qu'est ce que ce film a de révolutionnaire ? À part être plus minimaliste tu meurs ?

Quoi ? Parce que c'est le tout premier film d'un grand cinéaste spécialisé en animation ? Il aurait pu faire exposer au musée du Louvre un dessin de quand il était bébé que ça aurait fait pareil !
Et puis tant qu'à faire, pour la prochaine édition, je pourrais proposer l'animatique faite par mes soins que j'ai présenté au jury pendant ma formation — certes, c'est plus une animatique qu'un vrai film d'animation, avec un scénario pas original pour un sou et utilisant des musiques sous copyright, mais il y en avait un de scénario et une approche cinématographique. Et je ne dis pas ça pour me vanter ! C'est même le jury qui a trouvé que j'avais une approche cinématographique.
Quand au dessin... ben allez voir mon autre blog ou mon compte DeviantArt et jugez par vous-même.

C'est pour ça que je suis à ce point remonté contre ce film. Je suis conscient que mes critiques, mes analyses et mes coup de gueule ne devraient engager que moi. Mais là, on acclame comme étant un chef-d'œuvre un truc indigne d'une mauvaise vidéo Youtube ou d'un mauvais dessin posté sur DeviantArt. Pire, on tolère le hate-art, on laisse passer ce genre de pratique aussi dégradante soit-elle, comme si c'était acceptable de cracher gratuitement et sans vergogne sur d'autres œuvres comme on piétine des châteaux de sable (et voilà que je refait référence à Avez vous déjà vu... Grozilla à la plage ? ). Et j'ai beau être pour la liberté d'expression et artistique, j'ai été "Charlie" lors des attentats de janvier 2015, je m'y oppose ouvertement.

Enfin, histoire d'achever ce... film : la scène qu'il montre n'a AUCUNE raison d'exister de quelques façons que ce soit.
Je rappelle que dans Bambi, on voit les animaux de la forêt fuir et se cacher à l'approche des chasseurs. Chasseurs qu'on ne voit jamais dans le film, qui restent hors-champs, qu'on n'entend jamais à part leur coup de fusil, et dont seul le thème musical indique leur présence. C'en est au point où les animaux n'ont pas besoin de voir la menace pour décider de fuir ou de se mettre à l'abri, juste de sentir sa présence.
Sachant que dans la vraie vie, certains animaux peuvent prévoir, inconsciemment ou non, la météo et toutes catastrophe climatique comme un tremblement de terre ou une tempête.
Là t'as Godzilla, un monstre d'au moins 50 mètres de haut et devant peser plus 20 000 tonnes. Donc une bestiole, pareil, non seulement on la verrait arriver à des kilomètres, mais en plus on le sentirait. Avec le sol qui tremble à chacun de ses pas.
Rien qu'un rhinocéros blanc d'Afrique fait trembler le sol quand il charge — croyez moi, j'en ai fait l'expérience lors d'un safari avec ma famille.
Et on a bien vu dans Jurassic Park qu'un tyrannosaure de quatre mètres de haut à hauteur d'hanche devant peser dans les huit tonnes peut provoquer des vibrations à chaque pas qu'il fait (ce qui ne fait pas être pratique pour chasser en embuscade, vous me direz). Alors dans le cas de Godzilla, on ne parlerai plus de vibrations mais carrément de secousses sismiques.
Donc à moins qu'il fasse de grandes enjambés (ce que j'ai du mal à concevoir vu sa morphologie, sa démarche et la longueur de ses jambes), qu'il soit descendu du ciel ou qu'il apparaisse par magie du néant, il n'y a aucune, je dis bien AUCUNE raison pour que Bambi se laisse écraser par Godzilla.
D'habitude, je ne suis pas du genre à chipoter sur le réalisme dans la fiction, mais ce film en aurait eu quelque chose à foutre ne serait-ce que de la cohérence, le faon serait sorti du champs en courant au moins une heure avant que le pied de Godzilla n'y apparaisse.

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