Le Petit Dinosaure et ses suites (3)

Partie 1 ; Partie 2

J'en viens au problème majeur que j'ai avec les suites du Petit Dinosaures : les personnages principaux n'évoluent pas. Du moins pas physiquement.

Et ce alors que le premier film se terminait avec le narrateur indiquant que nos héros "grandissent ensemble dans la vallée" et "que génération après génération, ils se transmettaient l'incroyable voyage de leur ancêtres". Laissant suggérer que non seulement on verrait nos héros grandir, devenir adultes, puis parents, voire grand-parents, que leur descendants auraient à leur tour leur propre histoire. Ce qui éventuellement justifieraient que les habitants de la vallée nomment le Mystérieux Monde ce qu'il y a à l'extérieur de leur maison et soit si réticent de s'y aventurer, en assumant qu'ils soient nés et aient passé toute leur vie dans la vallée sans rien connaître du monde extérieur.

Seulement, ça n'arrive jamais. Niveau croissance, nos protagonistes restent au stade où ils étaient à la fin du premier film.
Céra n'a toujours qu'une seule corne et même pas les débuts des deux autres (alors que même ses "neveux" qui font une apparitions dans le sixième film en ont des cornes naissantes sur le front) et Pointu est toujours aussi peu loquace. 
C'est limite si la Grande Vallée est une sorte de bulle temporel ou de Pays Imaginaire où le temps n'a pas d'effet sur les résidents, qui fait qu'ils ne grandissent ou ne vieillissent jamais même au bout de vingt ans. Et donc les enferme dans un statu quo.
Du coup, non seulement ils n'évoluent pas physiquement, mais comment pet-on espérer qu'ils évoluent intellectuellement ou psychologiquement si chaque suite ne fait que les ramener au statu quo ?

C'est d'ailleurs un problème qu'on retrouve dans les dessins animés avec des gosses pour protagonistes : ils ne grandissent jamais.

Encore que ça peut être pardonné dans le cas d'une série animée bouclée (où les épisodes sont indépendantes les unes des autres et où l'intrigue se résout à la fin de chaque épisode). C'est le format de la série qui veut que les épisodes soient interchangeables et le format animation permet de tricher avec le temps, un luxe dont on ne peut avoir avec le format live-action où les acteurs-enfants ne peuvent pas resté enfants éternellement malgré l'exigence du scénario.
Mais encore faut-il que la série ne dure pas trop longtemps. Parce qu'au bout de dix épisodes spécial Noël, Halloween ou vacances d'été, si le petit dernier de la famille en est toujours à faire changer ses couches ou que l'ainé de la famille est toujours au lycée, on va se poser des questions sur la continuité de la série.

Et c'est un peu le problème avec les suites. Ils ont de suite adopté le format série bouclée, rendant encore plus absurde l'existence de la série TV.
Et non, je ne parlerai pas davantage de la série, j'ai déjà trop de trucs à dire sur les films. Et puis le peu que j'ai vu, c'est clairement la décadence de la licence, et pas seulement d'un point de vue graphique.
Je veux dire, on est passé de cinq petits dinosaures séparés de leur famille qui viennent à bout d'un T-Rex en unissant leur force, le poussant dans une mare et lui jetant une pierre dessus, à sept (oui, ils sont sept dans la série, incluant Gobeur qui apparement a élu domicile dans la Vallée et s'est séparé de ses parents, et Ruby, une oviraptor dont j'ignore comment elle a intégré le groupe) qui coulent des jours heureux avec leur famille respectives et repoussent une invasion de carnivores en leur balançant des fruits.

Surtout qu'on parle de films, merde ! Ils auraient se permettre un peu plus d'ambition qu'un épisode de série bouclée !
Et que malgré leurs efforts pour que les films soient indépendants les uns des autres, ils y ont quand même placé une continuité.
Déjà avec Gobeur, dont on assiste à l'éclosion dans le second film et qu'on retrouve grandi et capable de parler dans le cinquième (ce qui me fait demander, comment a-t'il appris à parlé s'il a vécu tout ce temps avec ses parents qui ne font que grogner et pas assez de temps dans apprendre à parler comme nos protagonistes ?). Ou le père de Petit Pied qu'on nous introduit dans le dixième film et qu'on fait revenir dans le quatorzième. Ou Tria, introduite dans le onzième film, devenant la belle-mère de Céra et lui donnant une petite sœur, Tricia, dans le film suivant.

Et à ce propos, je n'ai rien contre cette idée de famille recomposée, surtout que pour changer des contes de fées où la belle-mère a toujours le mauvais rôle, celle-ci est plus avenante et aimable que son mari qui pourtant révèle un côté affectueux.
Mais ça me fait demander : Qu'est-ce qui est arrivé à la mère de Céra ? Ou à ses sœurs ? Et apparement, comme pour Petit-pied, on a oublié que dans cet univers, les tricératops pouvaient avoir plus d'un petit à la fois. Alors pourquoi Céra se retrouve avec une seule petite sœur ? Quant à la disparition de sa mère, je crois pas trop à la théorie elle serait morte hors-champ dans le premier film, vu qu'elle apparait dans le second. Certes en arrière-plan mais quand même, elle est présente.
Pareil pour le père de Becky qui est bien présent à la fin du premier film, apparaît de-ci de-là dans les suivants avant de complètement disparaître. Et idem, pour ses frères et sœurs. Elle a déjà des sœurs bien présentes dans le premier film et sa famille a déjà une autre portée dans le second. Logiquement, elle devrait avoir une famille nombreuses mais on en voit jamais au delà de six ou sept à l'écran et on ignore lesquels viennent de quel couvée.
Alors pour le père de Becky, il y aurait une rumeur comme quoi son peu de présence à l'écran soit dû au drame de Judith Barsi, celle qui prêtait sa voix à Becky dans le premier film, assassinée par son propre père avant la sortie du film (ou celui de Charlie Mon Héros dans lequel elle prêtait sa voix à Anne-Marie). Ce qui est horrible, je n'en doute pas, mais j'y crois moyen à cette théorie. Parce qu'ils ont quand même trouvé une remplaçante pour Becky donc ça ne tient plus trop et puis c'est ce genre de raisonnement qui amène à ne plus distinguer un personnage de fiction de son interprète. Un raisonnement qui cause déjà assez de ravages aux acteurs dans la vraie vie, demandez à ceux qui ont joué dans Star Wars, surtout dans la prélogie et la postlogie.

Mais le fait que même en insérant une continuité, ils ne sont pas foutu de la respecter, ces cons.

Et encore un potentiel gâché.

Surtout qu'il y a un détail que les scénaristes-producteurs de ses suites ne semblent pas capter : contrairement à leur personnages principaux, les spectateurs et fans grandissent, eux. Donc ce serait plus judicieux de faire évoluer les personnages et l'univers en même temps que leur spectateurs de longue date plutôt que de les stagner pour ne viser qu'une seule tranche d'âge, au risque de perdre les fans de la première heure.

Ce n'est certes pas la bonne période pour parler de J.K.Rowling et lui faire des louanges mais en écrivant la saga Harry Potter, série de romans destinés à la jeunesse, elle a compris que les lecteurs constituant son public cible grandissent. Et qu'en grandissant, ils sont plus susceptible de se désintéresser de trucs qu'ils considèrent comme étant trop enfantin pour se tourner vers des trucs plus "matures", des trucs d'ado, voire d'adultes. Donc, pour ne pas perdre ses fans de la première heure, il fallait qu'elle fasse grandir ses personnages et développe son univers en même temps que son public. Ce qui fait qu'elle a commencé avec un premier tome relativement enfantin, apporté un peu plus de maturité dans les suivants avec des passages durs, sombres et terrifiants ainsi que des thématiques comme le racisme, la discrimination, jusqu'à être moins dans l'enfantin que l'adolescence à partir du retour de Voldemort à la fin de la Coupe de Feu et carrément dans l'adulte dans les Reliques de la Mort
Warner Bros l'ont parfaitement compris et ont suivi son exemple en adaptant les bouquins, ce qui fait qu'on a un premier film adapté aux enfants et qui s'assombrit au fil des suites comme beaucoup l'ont fait remarqué. Et puis, ils ont en fait des films en live-action, donc avec de vrais acteurs, donc ils ne pouvaient prétendre que leur protagonistes auraient toujours 11-12 ans alors que leur interprètes sont en fin de puberté et seraient toujours en première année à apprendre le Wingardium Leviosa alors qu'ils devraient en être aux sortilèges non-formulés, bien plus pratique en cas d'attaque de mages noirs.

Mais même en dessin animé, ils peuvent se permettre de faire grandir leurs personnages. Encore une fois, ils peuvent tricher avec le temps, donc il peuvent faire ce qu'ils veulent avec la croissance de leurs personnages.

Même l'Age de Glace l'a compris, alors que les personnages principaux sont tous des adultes et que l'unique enfant du premier film ne réapparait et n'ait jamais mentionné dans les suites. Et c'est surtout Manny le mammouth qu'on voit retrouver l'amour, fonder une nouvelle famille et voir sa fille devenir adolescente entre deux films.
Certes, ça n'a pas empêché la saga de se casser la figure mais ça c'est l'autre problème, qu'on ne prenne le cinéma d'animation assez sérieux, qu'on le considère encore comme un truc pour enfant "fait par des enfants" (raisonnement débile) donc censé être stupide, niais et infantile. Et que les suites ont été supervisés par des gens qui non pensent de cette manière mais oublient ce qui faisait la force du film original.

Sinon en meilleur exemple, on a la saga Dragons de DreamWorks, avec un personnage principal qui nous et présenté comme un gringalet et la honte de son village mais qu'on voit mûrir (aussi bien physiquement que psychologiquement), gagner en assurance ainsi que le respect de sa famille, de ses camarades et même de ses semblables (sans parler de l'amour et l'admiration de la fille qu'il aime), devient le chef de son village à la mort de son père alors qu'il fuyait cette responsabilité, prend la décision de déplacer son village et de rendre leur liberté aux dragons pour leur sécurité à tous et conclut la saga en se mariant et en ayant des gosses.
Mieux encore, son entourage évolue également. Entre tout le village qui considère les dragons comme un fléau à combattre avant d'en faire leurs animaux de compagnie, le père du héros au départ autoritaire et inflexible qui devient plus compréhensif en plus de révéler son côté affectueux et surtout la love-interest, au départ froide, compétitive et aux tendances garçon manqué, jouant les dures pour cacher son insécurité mais qui s'adoucit au fil des suites, et même s'embellit avec l'âge, gagne aussi en assurance la rendant plus badass qu'elle ne l'était dans le film original (et les gens crient au Syndrome de Trinity parce qu'elle n'est que la love-interest et pas le personnage principal, les cons).
Aussi, la saga a eut l'intelligence de s'arrêter là où il fallait. (Et non, je ne prends pas en compte l'existence Rescue Riders ou the Nine Realms)

De ce fait, je maintiens que les suites du Petit Dinosaure auraient été milles fois mieux si les producteurs et scénaristes avaient fait le même effort que le feront plus tard Harry Potter et la saga Dragons, en prenant au sérieux le public cible et faisant grandir leur protagonistes plutôt que de les enfermer dans un statu quo, quitte à les faire régresser intellectuellement. En tout cas, on aurait milles fois plus de respect pour les suites à défaut d'avoir des chef-d'œuvres.

Pour rappel, j'ai grandi avec les six premiers films. Et j'ai fini par m'en lasser au bout de dix ans tant ça n'allait pas plus loin que le film familial et que ça s'arrangeait pour revenir au statu quo. Et que devoir suivre les aventures des héros de mon enfance pour que dix ans plus tard ils en sont à gaspiller cinq minutes de temps d'écran à se disputer le dernier cookie alors qu'ils pourraient se le partager, ouvrir une autre boîte ou en acheter d'autres, même gamin, ça m'aurait soulé.

Et même s'il y a des jeunes d'aujourd'hui qui découvrent ces films et les adorent... Ben tant mieux pour eux. Mais tôt ou tard, ils vont voir la différence de ton, de style et de qualité qu'il y entre celui où Petit-pied voit sa mère mourrir et celui il découvre qu'il avait un père bien en vie durant tout ce temps. Et ils verront  et de manière plus flagrante que ceux qui ont grandi avec ces films, que ça a baissé en qualité.

Et c'est fort dommage.

Parce que voilà, je les critique mais en vrai, ses suites sont loin d'être dépourvus de mauvaises idées. J'irais même jusqu'à dire qu'ils avaient un potentiel.
C'est juste dommage qu'ils n'en profitent pas assez ou qu'ils aient tendance à bâcler leur exécution pour que ça reste "convenable" pour les enfants. 

Déjà Gobeur, le bébé dent-tranchante avec lequel nos héros se lient d'amitié malgré le fait qu'il s'agisse de leur prédateur naturel et qu'ils savent pertinemment qu'il deviendrait leur pire ennemi une fois adulte. Ce qui pourrait donner lieu à un scénario à la Rox & Rouky où deux amis d'enfance deviennent ennemis en grandissant ou sont tiraillés entre leur amitié d'enfance et leur statut d'ennemis.

Et même les parents de Gobeur qui démontrent que tous les dents-tranchantes ne sont pas des montres sans cervelles et assoiffés de sang... comme sont dépeints tous les autres carnivores de la saga.

Ou encore Petit-pied confronté à l'idée de voir son grand-père mourrir de vieillesse. Sûre, ça promet de faire pleurer dans les chaumières et d'être un moment très dur pour le petit long-cou, surtout qu'on a déjà eu la mort de la maman dans le film original et qu'il faudra dire adieu à une figure paternelle si avenante mais ça restait une idée intéressante qui bien exécuté aurait amené le jeune apatosaure à évoluer et accepter l'idée que ses êtres chers ne sont pas éternels, même à l'abri des prédateurs ou d'autres catastrophes naturelles dans la Grande Vallée, qu'un jour ou l'autre il faudra qu'il leur dise adieux et les laisse partir, que ça lui plaise ou non. Il fallait juste retirer le coup de "si le grand-père meurt, Petit-pied doit quitter la Grande Vallée avec sa grand-mère" et se contenter d'un arc où notre jeune apatosaure accepte les choses qu'il ne peut changer ni contrôler, comme la vie de ses proches et passe à autre chose. Comme il a dû le faire avec sa défunte mère.

Même les coups de donner une famille recomposée ou un parent maléfique à un de nos protagonistes, je trouve que ça a du potentiel.

Ou encore Pointu qui soit tenté de rejoindre un troupeau de queues-à-pointes car il se serait sentit comme un vilain petit canard au sein de la famille de Becky (qui ironiquement sont des dinosaures à bec de canard), je trouve que c'est une idée intéressante.
Et bien plus crédible que Petit-pied tenté de rester avec son père alors que celui-ci a bêtement abandonné sa femme, ses beaux-parents et son fils quand il n'était encore qu'un œuf. Car je maintiens qu'il aurait mieux fait de rester avec eux, ne serait-ce que pour assurer leur protection et que quitte à trouver un endroit sûr pour élever sa progéniture, il aurait mieux fait de faire la route pour la Grande Vallée avec sa femme au lieu de faire cavalier seul.
Après le coup de Pointu qui rejoint ceux de son espèce marcherait mieux s'il n'arrivait vraiment pas à s'intégrer dans une famille d'une espèce totalement différente et rencontrait des stégosaures pour la toute première fois. Manque de pot, ce scénario n'est abordé que dans le huitième film, Pointu aurait dû parfaitement s'intégrer au sein de sa famille adoptive depuis le temps et on a vu suffisamment de stégosaures entretemps pour assumer qu'il doit y en avoir tout un troupeau dans la Vallée.

Et encore une fois, le film original se conclut avec le narrateur insinuant que nos protagonistes non seulement grandissent dans la Grande Vallée et engendre de nouvelles générations pour perpétrer leur héritage.

Et certes, le coup des héros que l'on voit enfants, qui grandissent et deviennent parents à leur tour, ça fait un peu Bambi, mais en quoi ce serait surprenant. Le premier film était clairement Bambi avec des dinosaures, juste qu'il manquait la partie où ils devenaient adulte et découvraient l'amour. Hé, c'est tellement du Bambi-alike que pour le redoublage français de 93 du classique Disney, ils ont repris Maïk Darah, ayant doublé la mère de Petit-Pied, pour qu'elle double la mère de Bambi. 

Donc à se stade, ils auraient pu se permettre !

Et puis, on en a à la pelle, des histoires Bambi-alike, alors un de plus...

Parce que ça aussi c'est une idée qu'ils aurait pu (et même du exploiter) dans les suites.

Je ne demande à ce qu'on voit nos héros passer de bambins à des adultes d'un film à l'autre — d'autant que ça m'a un peu gêné dans l'Age de Glace 4, de voire Pêche, la fille de Manny, adolescente alors qu'un film plus tôt on venait d'assister à sa naissance.
Mais qu'au moins à chaque film, on les voit à différents stades de leur croissance. Que Céra ait enfin ses trois cornes et non juste sa corne nasale, que Pétrie ait plus d'assurance maintenant qu'il sait voler et que Pointu se mette enfin à parler — je ne demande pas à ce qu'on en fasse une pipelette pour autant mais au moins qu'il sache faire des phrases, même simples.

Hé ! J'imagine sans souci un scénario où Becky et Céra deviennent les matriarches de leur troupeau respective, Pétrie profite de ses aptitudes de "volant" pour explorer le monde et raconter ses périples à ses amis de la Vallée, Pointu enseignerait aux jeunes à reconnaître les plantes mangeables des plantes toxiques et Petit-pied qui trouverait l'amour de son côté, fonderait une famille ou bien recueillerait des orphelins pour les conduire à la vallée, voire deviendrait le leader de tout un troupeau de "long-cou". Vous savez ? Ce pourquoi on acclame tant son père ! Du moment qu'il ne fasse pas la même erreur que Bron et n'abandonne volontairement pas sa nouvelle famille alors qu'il s'apprête à être papa.

Surtout que notre petit long-cou a déjà une petite amie potentielle, en la personne d'Ali qui nous est introduite dans le quatrième fait. Et rien que la séquence où on nous l'introduit et fait la connaissance de notre jeune apatosaure c'est très Bambi-alike, dont autant assumer le côté Bambi version dinosaure, à ce stade !

Et je crois bien que même à l'époque, ma sœur et moi étions séduits à l'idée qu'elle puisse être son amoureuse, au point où on se demandait si elle allait revenir dans une autre suite. En tout cas c'est bien ce que laissait suggérer la fin du quatrième film, avec le narrateur stipulant que nos héros allaient un jour la revoir mais que "ce serait une autre histoire".

Mais avec le recul, je me suis retrouvé avec un problème concernant Ali. À savoir qu'elle passe la première moitié du film à éloigner Petit-pied de ses amis (ce qui en soit constitue déjà un red flag).
Pourquoi ?
Parce qu'elle est xénophobe !
Mais genre, elle croise un "long-cou" de son âge, elle s'amuse avec lui et le taquine avant même de connaître son nom sans souci. Mais aussitôt qu'elle fait la connaissance de ses amis, elle prend peur parce que "ceux ne sont pas des longs-cous" comme Petit-pied et elle et est genre "désolée, je ne peux pas jouer maintenant". Et ce alors que les amis de Petit-pied n'ont pas été trop méchants avec elle, pas même Céra, et ne l'ont rien fait de mal à part blaguer sur le fait qu'elle ait peur d'eux.
Et malgré ça, elle insiste pour que Petit-pied joue avec elle et devenir son amie, jusqu'à l'éloigner de ses amis.

Plus tard, quand Petit-Pied décide de se rendre au Pays de Brumes trouver le remède pour guérir son grand-père, elle demande d'abord le chemin à Ali puisqu'elle en vient, celle-ci refuse car c'est trop dangereux mais change d'avis quand Petit-pied lui dit qu'il compte y aller avec ses amis. Du coup elle accepte de le guider et de l'aider à trouver la Fleur de la Nuit (le remède en question) et limite c'est elle qui ouvre la marche, à condition d'y aller sans ses amis, sous prétexte qu'ils les ralentiront.
Et plus tard, quand Petit-pied se retrouve bloqué dans une caverne suite à un éboulement, elle décide de sa propre et seule initiative d'aller demander de l'aide de ses amis à lui. Et à partir de là, elle a complètement oublié qu'elle est réticente à l'idée de sympathiser avec des non-long-cous et c'est si limite elle a toujours été pote avec les amis de Petits-Pieds. Certains doivent appeler ça du développement de personnage mais à la manière dont elle passe du "j'ai peur de ceux qui sont différents de moi" à "maintenant ceux sont mes potes, je ne vois plus les différences" j'appellerai plutôt de l'inconsistence de personnage.
Et du coup on délaisse l'arc d'Ali devant surmonter sa xénophobie et accepter les amis de Petit-pied, ne serait-ce que par amitié pour le jeune long-cou, pour le remplacer par Céra devant accepter l'amitié de celle qui l'a rejetée, elle et ses amis pour leur différences. Ce qui me fait réaliser que même en 96, on nous faisait le coup de "quelqu'un de traite mal, toi et tes proches ? Une seule solution : soit ami avec cette personne, que ça te plaise ou non !". Et comme ce genre de moral m'horripile avec le temps, je me sens plus du côté de Céra pour le coup.
Surtout que malgré un moment de réticence parce qu'elle éprouve encore des ressentiments contre Ali, elle finit quand même par suivre ses amis à travers le Pays des Brumes et venir en aide à Petit-pied parce que c'est SON ami après tout.
Or, je rappelle que dans le premier film, c'était la plus réticente à faire équipe avec des dinosaures de son âge mais pas de son espèce. Et qu'elle ne s'était montré plus respectueuse ou attentionnée à leur égard. Et c'est fou que je sois plus indulgent envers elle qu'envers un autre personnage supposée être plus potable. Et ce n'est pas le moment où je suis censé faire un AVC, là ?

Aussi il s'avère qu'Ali est une piètre guide vu qu'elle connaît vaguement le chemin pour le Pays des Brumes — dû au fait que son troupeau n'arrête pas de migrer donc elle a du mal à se rappeler du chemin qu'elle a suivi — et trouve l'entrée du tunnel vers le Pays des Brumes par pur coup de chance. Et devient inutile par la suite.
La sortie du tunnel pour le Pays des Brumes, c'est une vieille tortue résidant dans le tunnel qui l'indique à nos héros, et quant à la Fleur de la Nuit... Là ça devient une blague. Parce qu'il leur a fallu une journée de marche dans le Pays des Brumes pour qu'Ali leur avoue qu'elle n'a jamais vu la Fleur de la Nuit donc elle ne peut pas dire où la trouver. Conclusion : elle n'a fait que mener nos héros en bateau en affirmant connaître le chemin mieux qu'eux.
Et du coup, comme la nuit tombe, nos héros décide de faire halte et de se reposer dans un champ de fleurs et devinez quoi ? C'est un champ de Fleur de la Nuit. Il a juste fallu que nos héros ferment l'œil et s'endorment pour qu'elle s'ouvrent et se révèlent. Et même ça nos héros aurait dû le deviner. Après tout, ils sont à la recherche de la "Fleur de la Nuit". Ils ne risquaient pas de la trouver en plein jour avec un nom pareil.
Oh ! Et c'est Pointu qui remarque les fleurs en premier, là où tous les autres sont profondément endormi. Pointu ! Celui qui passe son temps à manger et à dormir. Et qu'on assume d'être le simplet du groupe — je rappelle que c'est un stégosaure, un dinosaure réputé pour avoir un cerveau minuscule, de la taille d'une noix pour un animal aussi lourd et massif qu'un éléphant, donc qu'on peut facilement assumer comme n'étant pas un des plus intelligents. Et dans ce film, c'est pourtant bien un stégosaure, du genre goinfre et paresseux, qui trouve en premier les fleurs que ses amis étaient venus chercher et songe même à réveiller les autres qui dorment à poing fermés.

Et ça vient confirmé l'inutilité d'Ali qui ne savait même pas qu'elle venait de conduire le groupe juste là où il devait trouver ce qu'il cherchait et au bon moment. À moins qu'avoir le cul bordé de nouilles, c'est considéré comme de la compétence ou de l'utilité.

Ce qui fait que, même si j'aime toujours le concept, je suis de plus en plus mitigé concernant Ali en tant que personnage.
Si seulement les scénaristes s'en était tenu à une jeune apatosaure certes intimidée par des dinosaures de son âge qui ne sont pas de son espèce mais accepte de faire l'effort de les accepter ne serait-ce que par amitié pour celui qui est de son espèce et si bien qu'à la fin, elle passe volontiers outre les différences de ses nouveaux amis. Ça et si on la rendait vraiment compétente, au lieu de faire celle qui guide le groupe sans avoir la moindre idée de ce qu'elle fait. Parce qu'à ce compte là, je ferais plus confiance au Ranger du Donjon de Naheulbeuk

Après, je me dois de relativiser parce qu'ils n'ont pas fait une brute qui malmène continuellement nos héros sans aucune raison. Au pire, ils ont fait une pimbêche creuse et superficielle.

Par contre, le coup de la brute qui martyrise nos héros par pure méchanceté et qu'on pardonne quand même à la fin (un autre truc qui me hérisse tant j'en vois de partout), ils l'ont fait dans le précédent film, avec Hyp (oui, je continue de l'appeler par son nom en VO) et sa bande.

Même qu'on essaie de justifier sa mauvaise conduite, qu'elle soit à l'égard de nos protagonistes que celui de ses potes à lui, on nous révélant qu'il a un père trop strict et qu'ils ont juste besoin de se réconcilier en fin de film pour que tout aille pour le mieux. Ce qui fait qu'en 95, on nous faisait encore le coup de "ce n'est pas sa faute si telle brute est une brute, ceux sont ses parents qui sont trop sévères et pas assez affectueux".
Et même là j'adhère pas trop.
D'une part, parce que du peu qu'on voit du père de Hyp, il ne semble pas plus autoritaire et strict que le père de Céra qui en plus de ça a des tendances racistes et dont on justifie également sa mauvaise attitude à coup de "c'est son père qui l'a élevé ainsi", à la différence que lui, ça l'a bien réussit (apparement). Et autant sa fille n'avait effectivement pas une meilleure conduite dans le premier film, je suis bien placé pour le dire, mais elle a gagné en maturité et dignité entre temps. C'est quand même dans ce même film où elle défend ses amis contre les brutes et aussi de son père à elle, reprochant à ses amis d'avoir une mauvaise influence sur elle. Comme quoi l'excuse de "si je suis méchant c'est parce que j'ai été élevé ainsi", c'est juste une piètre excuse pour se déresponsabiliser de ses actes.
Et d'autre part, on nous révèle que le père de Hyp n'a pas plus mauvais fond que celui de Céra qui se préoccupe de sa fille, et même très sincèrement. Limite, son autoritarisme et sa sévérité sont les seuls trucs qu'on peut lui reprocher. Mieux encore, on nous révèle que c'est un adulte responsable qui conduit les enfants, dont son fils, en lieu sûr quand ils se font attaquer par les vélociraptors, et même un badass quand il affronte à lui seul les raptors après que les autres adultes sont tombés inconscients d'une falaise et qu'il ait ordonné aux jeunes de se mettre à l'abri.

Et je rappelle qu'il s'agit d'un hypsilophodon. Un dinosaure déjà pas très impressionnant en taille mais n'ayant rien pour se défendre contre une attaque de prédateurs si ce n'est sa vitesse et son agilité. Des atouts qu'ont également ses adversaires dans cette scène, pour dire à quel point le mec est un badass.
Mais surtout, vous voulez me faire croire que c'est à cause de lui que son fils se comporte de manière aussi cruel et égoïste durant les trois-quarts de son temps d'écran (et encore je suis gentil !) ? Vous êtes sûr que ce n'est pas juste Hyp qui n'est mauvaise graine ? Entre le fait qu'il s'en prend à nos héros sous prétexte qu'il est plus grand qu'eux, va jusqu'à les menacer pour qu'ils ne révèlent à personne qu'ils ont trouvé de l'eau et parle même de faire en sorte "qu'ils ne grandiront jamais". Ça devrait en inquiéter plus d'un, non ? Ça et le fait que même ses potes à lui, il les traite comme de vulgaires laquais.
Les seul moments où il est un peu près décent c'est quand il sauve son père en distrayant à son tour les raptors et la toute fin où ils se réconcilie avec son père, ses potes et nos protagonistes qu'il n'a pas cessé de martyrisé sans raison.

Et bien que Hyp ne soit pas le pire exemple de personnage petite brute qu'on m'ait proposé — le genre  dont on tente de justifier la mauvaise conduite, qu'on pardonne, qui se rattrape et devient pote avec ceux qu'il a martyrisé sans raison à la fin — j'en profite tout de même pour lancer un petit coup de gueule :

Si vous me connaissez, vous devez vous douter que ça me sort par les yeux qu'on me justifie la mauvaise conduite d'une brute à coup de "il s'est aussi fait maltraité" ou "ses parents l'ont éduqué ainsi". Déjà, ça revient juste rejeter la faute sur quelqu'un d'autre pour couvrir et déresponsabiliser la brute en question. Surtout que personne ne va jamais à bout de cette réflexion pour justifier pourquoi l'autre à qui on rejette la faute s'est conduit ainsi. Ce qui nous amène dans une impasse.
Et dans le meilleur des cas, si c'était vraiment la faute d'une autre personne, ça revient à juste à justifier la mauvaise conduite telle personne par une autre, voire à justifier le pire par le médiocre. Surtout quand la personne à qui on rejette la faute ne se révèle pas plus méchante ni plus indécente que la brute en question.
C'est déjà faible comme argument pour défendre le médiocre en le comparant à pire, mais faire l'inverse pour pardonner le pire en le comparant au médiocre, c'est juste du foutage de gueule.

Mais surtout, je considère ça comme une excuse de merde pour déresponsabiliser la brute de ses actions et lui épargner la correction qu'il mérite.

D'autant que t'as plein d'exemple de personnages ayant également eu une enfance difficile, comme une avoir une famille dysfonctionnel, une éducation bancale, un environnement pas très recommandable ou s'être fait brimer par d'autres brutes, et qui malgré ont démontré plus de dignité, méritant ainsi plus ma sympathie que les brutes dont on me force à éprouver de la sympathie.
Parce que justement, ils ont eu une enfance difficiles, les rendant plus compatissants et obligeants envers ceux qui sont à peine mieux lotis qu'eux et ne se servent pas de leur "passé tragique" comme une excuse pour agir en connard. Mieux, ils sont les premiers à être désolés et à vouloir réparer leur tort quand ils se conduisent mal.
Tandis que les brutes dont on me force à avoir de la sympathie et à pardonner leurs méfaits, en plus d'utiliser leur problèmes personnels comme excuse pour agir en connard, d'agir par pur égoïsme et je-m'en-foutisme, ils ne s'en excusent jamais vu qu'ils ne font que rejeter la faute/responsabilité sur d'autres et notamment leur propre famille (ce qui devrait être considéré comme un red flag indiquant que ce ne sont pas des personnes fréquentables), ou alors ceux sont des excuses sincères que des implorations pour éviter toute punition, forçant ainsi plus le pardon à leur égard qu'ils ne le méritent, et choisissent en plus le dernier moment (ou bien le plus mauvais) pour éprouver des remords et se rattraper.
Et encore, la plupart du temps, ils font le minimum syndical pour se rattraper, voire se contentent d'un pansement sur une jambe de bois. Aussi bien intentionné soit le geste, ce ne sera ni utile ni efficace. Et je ne parle pas de ceux qui ont la présence d'esprit de se rattraper avant la fin mais trouve le moyen de tout faire de travers ou d'agir de manière encore plus détestables que quand ils étaient "méchants".
Aussi, si en plus de me les montrer agir comme des brutes, ils se révèlent d'une cruauté sans nom, aimant voir souffrir ou mourrir des innocents, allant jusqu'à les menacer de mort ou préméditer leur meurtre ou encore jeter sous le bus ceux qui tiennent à eux et que tu espères me les rendre sympathiques, que je ferme les yeux sur leurs mauvaises actions et leur conduite, laisse tomber !

Pour conclure, je tiens à rappeler que j'ai grandi avec ces films-là, du moins les six premiers. Et que malgré ce que je leur reproche, je leur reconnais un certain potentiel (juste pas très bien exécuté). Je les critique, oui, mais je ne les déteste pas pour autant. C'est juste qu'avec le temps, je suis devenu plus exigeant et objectif (et encore, je suis loin d'être un bon exemple d'objectivité), même pour les trucs dont je suis ou étais fan. Je devrais même dire SURTOUT pour les trucs dont je suis fan. Et justement parce que je suis ou que j'étais fan de ces choses, j'en attends le meilleur et pas me complaire avec de la médiocrité ni m'en dégouter avec le pire. Parce qu'il n'y a rien de pire pour un fan, aussi modéré et respectueux soit-il, que d'être dégouté et se sentir trahi par un truc qu'ils ont aimé.
Et aussi que j'ai un peu de peur de cette tendance qu'ont les scénaristes, cinéastes et producteurs à se reposer sur leur laurier et faire n'importe quoi parce qu'ils ont des fans tellement indulgents que quoi qu'il fassent, même si ça insulte l'intelligence du spectateur, ça passera quand-même.

Le but de ce triple article n'est pas tant de faire honte à ce qui aiment ces films (encore moins ceux qui comme moi ont grandi avec) mais simplement de rappeler qu'il faut garder un certain sur les choses qu'on aime et qui ont fait notre enfance. Ne serait-ce que pour exiger le meilleur de ces choses là, au lieu de se contenter de la médiocrité. Parce qu'on trouvé dans ce qui ont fait notre enfance des choses avec lesquels on serait moins indulgent qu'avant étant gosse.

Parce qu'être fan et être objectif, ce n'est pas incompatible. J'irais même jusqu'à dire que les pires fans, genre les plus toxiques, sont justement ceux qui n'ont aucune objectivité ni aucune réflexion sur ce qu'ils aiment (ou même ce qu'ils aiment moins, voire ce qu'ils détestent) et se comportent en fanatique.

Et c'est important de rappeler ça à l'époque où grâce à Internet, les fans ont le pouvoir, en bien comme en mal.

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