Critique de Taram et le Chaudron magique (1) — l'histoire
La plupart de ceux qui ne seraient pas disneyphiles n'ont probablement jamais entendu parler de ce film sorti en 1985, vingt-cinquième "Classique d'animation Disney" et adaptant le deuxième tome des Chroniques de Prydain de Lloyd Chudley Alexander (dont je ne sais pas grand chose, navré).
Et on ne peut pas leur reprocher, car ce film a été un échec commercial lors de sa sortie, ayant coûté 25 millions d'euros et n'en rapportant que 10 au box-office américain. Ce fut un tel échec qu'on soupçonne la compagnie aux grandes oreilles de chercher à faire oublier son existence. Ce qui n'empêche pas pour autant le fait que le film soit disponible en DVD et qu'à l'instar des certains films cultes ayant fait un bide le jour de leur sortie, il ait gagné une certaine popularité.
Et je les comprends, ceux qui apprécient le film malgré son échec commercial. Moi même j'ai un faible pour le Seigneur des Ténèbres, le méchant du film, du moins son look qui m'aurait fait flippé si je l'avais connu en même temps que Chernabog, le démon de Fantasia. Et connaissant ma sœur, fan inconditionnelle de Pumbaa dans le Roi Lion et de Porcinet dans Winnie l'Ourson, elle aurait sûrement craqué sur le cochon Tirelire.
Mais au risque de décevoir ceux qui s'attendaient à ce que je défende ce film de quelques critiques injustifiées ou abusées, plus j'essaie d'être indulgent avec Taram et le Chaudron magique, plus je m'aperçois que ces critiques sont pour la plupart justifiées.
Et même l'inconditionnelle disneyphile que je suis, ayant une affection pour le genre fantasy, et qui en plus de ça n'est pas du genre à déprécier un film pour deux-trois défauts insignifiants, est obligé de reconnaître ses défauts.
Donc spoiler : bien que je n'approuve pas le fait que Disney veuille faire oublier ce film car il y a quand même des trucs à sauver, mon avis est un peu mitigé.
Après je suis conscient que le film ait eu des problèmes de productions et que le "défoncer" reviendrait à tirer sur l'ambulance, mais ce n'est pas cette excuse qui va sauver le film car c'est surtout le résultat qui compte. Même moi quand je suis dans un projet de groupe, attendre des jurys qu'ils nous fassent une fleur parce que cela nous a pris plus de six mois et qu'on a eu des problèmes d'organisations et des retards, c'est un petit peu croire au Père Noël.
Pour en revenir au Chaudron magique, ce qui le démarquerait des autres productions Disney (et serait en partie responsables de son échec) c'est d'être particulièrement sombre, avec une atmosphère particulièrement sombre et sinistre et certaines scènes était jugées trop effrayantes pour un jeune public, apposant le film le certification PG (parental guidante, impliquant que les jeunes enfants soient accompagnés d'un adulte).
Et c'est vrai, c'est un dessin animé assez sombre, visuellement. La majorité des scènes étant une forêt sombre, le château du méchant, des souterrains, un marécage où vivent trois sorcières, et il est vrai que certaines scènes soient cauchemardesque, que ce soit celle où le cochon Tirelire est pourchassé et enlevé par deux vouivres (ou wyvernes — sortes de dragons), celle où le Seigneur des Ténèbres réveille le Chaudron pour lever son armée des squelettes ou encore la manière ce dernier meurt aspiré par le Chaudron. Et je mettrais ma main à couper que des parents ont du être choqué de voir un personnage saigner dans ce dessin animé.
Ce à quoi je réponds :
— les premiers films de Don Bluth aussi étaient assis sombres pour des films destinés au jeune public, avec des personnages qui saignent et des images cauchemardesques. Prenez Brisby et le Secret de NIMH sorti en 1982.
— les productions Disney précédentes avaient aussi des images et des scènes cauchemardesques, depuis Blanche Neige et les Sept Nains. Je pourrais vous en faire toute une liste. Et même avant Blanche Neige, Disney avait réalisé la Danse macabre comme premier court-métrage de la longue série Silly Symphonies, mettant en scène des squelettes.
— à ceux qui s'offusquent de voir du sang dans un dessin animé, sachez qu'il y a plus gore que Taram et le Chaudron magique dans les dessins animés. Connaissez vous Watership Down, sorti en 1978 et mettant en scène des lapins ? Faites des recherches sur Internet, vous allez surpris !
Aussi, en faisant mes recherches, j'ai réalisé que le film avait prévu des éléments plus violents, montrant par exemple Taram tuer les hommes de mains du Seigneur des Ténèbres avec son Epée Magique, ou encore des images encore plus horrifiantes où ses hommes de mains son changés en squelettes. Comme quoi, on peu reprocher le film d'être sombre, les animateurs se sont quand même arrangé pour qu'il ne soit pas trop horrifiant, même si au final ils se sont retrouvés le cul entre deux chaises vu qu'ils ont du faire un film parti pour être sombre et glauque mais pas trop pour que ça reste un film tout public. D'où l'un desdits problèmes de productions.
Pour ma part, je pense que mis à part le ton "sombre mais pas trop", le film souffre surtout d'un scénario bancale et de personnages pas assez marquants ou attachants (un comble pour un film Disney). Et c'est sur quoi je m'attarde dans cette critique.
Pour ce qui est de l'histoire, on pourrait la résumer ainsi : Taram, un jeune valet de ferme rêvant de devenir guerrier, doit par tous les moyens empêcher un terrifiant Seigneur des Ténèbres de mettre la main sur un chaudron magique grâce auquel il deviendra maître du monde. Il sera aidé d'Eilonwy, une princesse débrouillarde et du même âge que Taram, de Ritournel, un ménestrel peureux, et de Gurki, une drôle de créature poilu.
Jusque là, on a un scénario de jeu vidéos ou de jeu de rôle, type Legend of Zelda, Final Fantasy ou Donjon et Dragons... mais dont la qualité d'écriture est moins du niveaux de scénaristes professionnels que rôlistes amateurs, créant l'histoire au fur et à mesure qu'ils jouent à leur jeu de rôle (et je dis ça alors que moi-même je pratique le jeu de rôle en jouant à World of Warcraft). Et pour être honnête, c'est un peu le genre de scénario que j'aurais moi-même écris... à 10 ans. Et ce que "j'écrivais" à cet âge, je l'assume de moins en moins avec le temps.
Ce qui fait que le scénario souffre pas mal d'incohérences, de facilités, de trous scénaristiques, de dramatisations un peu forcés et suivis de dédramatisions et de remplissages. Confirmant d'ailleurs que le film a eu des problèmes de productions.
Comme exemple d'incohérences, il y a la moitié du film qui se concentre sur Tirelire, la truie au don divinatoire dont Taram a la charge et doit mettre en lieu sûr, et que les Seigneur des Ténèbres fait enlever via ses vouivres afin d'utiliser son don pour localiser le Chaudron. Dont l'emplacement sera révélé à nos héros par des créatures féeriques dont le cochon se retrouve sous la protection. Et après que Taram et ses amis décide d'aller détruire le Chaudron, le cochon maintenant inutile sera renvoyé chez son maître, Dalben. Le même maître qui a demandé à Taram de mettre Tirelire en lieu sûr. Et d'ailleurs, comment le Seigneur des Ténèbres est-il au courant des dons de Tirelire ?
Comme exemple de facilités et de trous scénaristiques, il y a toute l'évasion de Taram du château du Seigneur des Ténèbres. Déjà Eilonwy qui sort de nulle part pour le faire sortir de sa cellule, mais aussi quand il passe dans les catacombes et que Taram récupère une épée magique posée sur la tombe de l'ancien propriétaire de château. Epée qui aidera nos héros à sortir du château. Epée que ni le Seigneur des Ténèbres ni aucun de ses sbires n'a eu l'intelligence de récupérer alors qu'ils occupent les lieux et que donc l'épée était à leur dispositions.
Et comme exemples de dramatisations forcés et de dramatisation, quand il trouve le fameux Chaudron après que Taram ait du l'échanger contre son épée magique aux sorcières qui le détenaient. Ces dernières avant de disparâitre leur apprenant qu'il est impossible de détruire le Chaudron, seulement de neutraliser son pouvoir et seulement si un être vivant s'y glisse de son plein gré et au prix de sa vie. Cette révélation met nos héros au point mort jusqu'à ce que les sbires du méchant les capturent (à nouveau) et récupèrent le Chaudron. Et ce n'est qu'après que le Seigneur des Ténèbres ne s'en est servi pour lever son armée de mort que Taram décide se sacrifier avant d'être stoppé par Gurki qui se sacrifie à sa place, inversant le processus. Et après que l'armée des morts soit tombée, que le Chaudron ait causé la mort du Seigneur des Ténèbres et la destruction de son château (dont nos héros sortent de justesse), les trois sorcières réapparaissent pour récupérer le Chaudron maintenant privé de ses pouvoirs (donc sans intérêts) et propose à Taram de lui rendre son épée magique. Mais ce dernier refusa et leur demande de ramener Gurki, ce que les sorcières firent non sans réticence et tout est bien qui finit bien.
Rien que cet élément scénaristique gâche complètement la thématique du sacrifice et du don de soi. Parce que c'est bien la peine que la destruction d'un objet maléfique nécessite que quelqu'un paie de sa vie, si pour qu'on la lui rende après que l'on ait demandé aux mêmes personnes qui nous ont expliqué que la destruction de l'objet maléfique nécessitait un sacrifice.
Ce qui fait qu'au final, les personnages n'ont aucun accomplissement ni aucune évolution. On a juste Taram qui renonce à son titre de héros, à ses rêves de grandeur et reconnait qu'il n'est qu'une merde, et Ritournel qui a son moment de bravoure dans les cinq dernières minutes du film, sachant que le reste du temps ce n'était qu'un trouillard effrayé par tout et n'importe quoi.
Sans compter que le scénario laisse assez peu de place au mystère concernant le Chaudron, vu que le prologue nous dévoile les pouvoirs du chaudron magique et par la même occasion les intentions du méchants. Qui ne manque pas de les répéter lors de sa première scène dans le film — scène qui à mon avis aurait soit du arriver plus tard soit être coupé au montage tellement elle est inutile. Le reste du film n'étant qu'une successions d'actions qui ne s'enchaînent pas de manière très naturelles.
D'ailleurs, super l'introduction ! Le film fait tout un prologue sur le Chaudron, sur ses pouvoirs ainsi que sur son origine et sa création, comme quoi il renfermerait l'esprit d'un roi si cruel et si maléfique que même les dieux le craignaient... et dont on n'apprendra pas davantage après ça. Ajoutons à cela que des hommes malveillants l'auraient cherché pendant des années et vous aurez raison de voir une ressemblance entre le Chaudron et l'Anneau Unique du Seigneur des Anneaux.
Par contre, aucun développement sur les autres éléments magiques comme le don de prévoyance du cochon, l'épée magique de Taram, ou même sur les personnages. Aucun n'a de backstory, même sous-entendu, ce qui fait qu'on ne sait rien sur leur passé et leur origines, sur pourquoi Taram vit avec Dalben, sur la royauté de la princess Eilonwy, ou encore quel type de créature est Gurki — et n'allez pas me dire que je n'avais qu'à lire le bouquin, une adaptation doit se suffire à elle-même et satisfaire les néophytes, pas juste connaisseurs de l'original.
Et quand je parle de backstory, je ne demande une biographie complète des personnages ni qu'on s'etende des heures là-dessus, mais au moins qu'on sente que ces personnages ont leur histoire, ont du vécu, ont une vie, qui les rendent plus "vivants", plus "réels", plus consistants et plus intéressants, qu'ils ne soient pas réduits à des noms et des fonctions.
Dans Atlantique l'empire perdu, un autre Disney qui a fait un bide et que je suis pourtant prêt à défendre, même les personnages secondaires ont leur petite backstory, la plupart tenant en une réplique.
Et même concernant l'univers mis en place, on ne sait pratiquement rien, à part que c'est un univers médiaval-fantasy avec un cochon ayant des dons divinatoires, des elfes-fées, des sorcières, des vouivres, un sorcier à tête de mort et un gobelin lui servant de souffre-douleur... et une créature poilu aimant les pommes. Pire, on évoque à plusieurs reprises une guerre qui sévit le royaume, à laquelle Taram souhaite participer juste pour devenir un héros et qui aurait incité les elfes à se réfugier sous terre en attendant que ça se calme. Sauf qu'on ignore complètement les motifs et les enjeux de cette guerre (donc on ne comprend pas du tout le désir de Taram d'y prendre part si ce n'est pour jouer les héros) et surtout, on a aucune image du conflit. Même pas celle d'un soldat (mis à part les hommes de mains du Seigneur des Ténèbres qui sont moins des soldats à proprement parlé que des brigands ou des squelettes ramenés à la vie).
J'imagine que c'est plus développé dans les bouquins mais ça n'enlève pas le fait que dans le film, cette info est complètement superficielle et n'apporte rien à l'histoire ou aux personnages.
Au final, le seul élément qui soit "développé" dans Taram et le Chaudron magique, ben c'est le Chaudron lui-même (en même, il se doit d'être l'élément central vu qu'il donne son nom au titre original du film, "the Black Cauldron"). Et le pire c'est que sa backstory n'est pas si importantes que ça à l'histoire vu qu'on ne l'évoque jamais après le prologue.
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| Le "personnage" central du film |


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